Loulou

Mon ange... Nous sommes le 10 mai
2004. Pour l'instant, tu es encore à mes côtés, mais
ce n'est qu'un sursis. La pendule égrène les minutes qui
nous sépare de la dure décision qui nous attend : malgré
les doses de cheval que tu prends depuis des jours, le Dimazon, l'Aldactone,
le Vetmedin, le Fortekor, le Lénitral, le Risodan et maintenant
une injection de Solumédrol, l'oedème refuse de céder
un pouce de tes bronches. Tu sembles t'asphyxier, tu n'as que quelques
brefs instants de répit, lorsque tu dors. Les cordages de ton coeur
ont commencé à lâcher mercredi soir. La vie te quitte
et je ne supporte pas de rester impuissante face à ta douleur.
Je vois bien que tu souffres, je sais, pour avoir fait des crises d'asthme,
ce que tu peux ressentir à ne pas pouvoir trouver assez d'oxygène.
Pourtant, tu restes serein, confiant. Tu accours lorsque je t'appelle
pour te soigner, espérant sans doute que je puisse te soulager...
Comment t'avouer aujourd'hui qu'hélas je ne peux plus rien pour
toi ? Cette injection de Solumédrol devrait commencer à
te soulager, normalement, à 11h, elle est au maximum de son efficacité.
Il est 10h23 et tu respires toujours aussi difficilement.
Le pire, c'est que dans les moments où tu
sembles aller un peu mieux, lorsque je suis assez loin de toi pour ne
pas entendre ta respiration forcée, je me prends à espérer.
Tu n'as pas l'air malade. Tu sembles heureux. Quel plaisir tout à
l'heure de te voir dévorer ta gamelle (certes améliorée),
de t'avoir vu hier dans l'herbe profiter des odeurs et du soleil. Il ne
faudrait pas avoir le son...
Tu dors enfin... Quelques instants de répit
mais j'appréhende déjà ton réveil, ta toux,
ton regard si fatigué. Nous avons rendez-vous à 16h chez
le vétérinaire. J'ai peur. Je n'ai pas envie de t'amener.
Il voulait que je te laisse chez lui, j'ai refus" : tu mérites
mieux qu'une cage aujourd'hui. Je ne travaille pas, tu ne seras pas seul.
Mais moi, qu'est-ce que je me sens seule, aujourd'hui !!!

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